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Programme Philatélique 2003

   La dérive ou les conséquences d'une navigation à vue !

   Une autre année s'en va encore. Et une nouvelle vient s'ajouter au calendrier de l'humanité. Si, dans la vie de tous les jours, les gens ne ressentent pas de différence notable dans leur quotidien, les philatélistes algériens eux, vivent au rythme du programme philatélique annuel qu'ils guettent comme on guette le croissant lunaire à la fin du Ramadhan.

   Qui invite qui ?

   Si comme l'attestent les médias, l'année de l'Algérie en France "a commencé très fort" de l'autre côté de la méditerranée, elle marque d'une présence toute aussi forte le programme philatélique 2003 puisqu'elle l'inaugure avec pas moins de deux valeurs.

   A supposer que cet évènement constitue un jalon dans l'histoire contemporaine de notre pays, ce qui n'est évidemment pas le cas et qu'il mérite à ce titre d'être porté sur un timbre ( une seule valeur aurait amplement suffi), pourquoi ne pas avoir sinon opté pour une émission commune, du moins temporisé en attendant le dévoilement de la totalité du programme philatélique français. Le calendrier prévisionnel du premier semestre 2003 qui nous a été communiqué par la Poste française évacue complètement cet évènement.

   En principe, selon les règles de bienséance universellement admises, c'est au pays hôte de devoir manifester les signes de bienveillance et de cordialité à l'égard du pays visiteur et non l'inverse.

   Pourquoi notre Poste est allée se jeter, étandars au vent, dans les bras d'une France philatélique officielle indifférente ? Y a-t-il eu accord entre notre administration postale et la poste française laissant le soin de l'inauguration à la première et celui de la clôture à la seconde. Rien n'est moins sûr.

   Un précédent regrettable

   Mais là où le programme étonne et consterne à la fois, c'est lorsqu'il nous annonce pour le 18 octobre, à l'occasion du 40ième anniversaire du Comité Olympique Algérien (COA), l'émission de cinq timbres dont quatre à l'effigie d'athlètes algériens encore de ce monde : Morceli, Boulmerka, Benida Merah et Soltani. C'est là, à mon sens, un précédent regrettable car au- delà de la valeur confirmée de ces champions olympiques qui ont honoré les couleurs de notre pays et que nous portons tous dans nos coeurs, c'est une des constances à l'origine du sérieux qui caractérise les émissions algériennes qui est mise à rude épreuve.

   Il est vrai que la timbrification d'une personne vivante surtout si elle fait partie du monde du sport ou de la chanson rapproche le timbre des jeunes et fait augmenter sensiblement ses ventes. Si nos jeunes collectionneurs paraissent enthousiastes à l'idée de voir leurs idoles sur des timbres, l'annonce de cette émission est d'ores et déjà en train de susciter parmi les véritables philatélistes un sentiment de très large désapprobation. On en arrive légitimement à ce demander si la Poste mesure à leur juste valeur les conséquences de cette entorse.

   Une tradition mise à mal

   Chaque entité postale émettrice à travers le monde possède ses propres règles qui régissent le choix et la sélection des sujets de timbres-poste. La production philatélique algérienne qui constitue un patrimoine artistique appartenant à tous les algériens a hérité d'une tradition qui veut que l'on évite de timbrifier des personnes encore vivantes.

   L'adoption par l'Algérie d'une telle tradition et de tels usages consacrés par des pays dont l'histoire philatélique se confond avec celle de la naissance du timbre-poste lui a permis de bâtir «timbre par timbre» une collection philatélique saine qui jouit du respect et de l'admiration du gotha philatélique mondial.
   Pourquoi dévier d'une politique qui a su préserver notre production philatélique contre ce genre d'égarements ?

   Le test avant l'injection

   Cette règle d'or a été enfreinte presqu'en catimini pour la première fois, le 8 juin 2000 à l'occasion de la Journée de l'artiste commémorée par l'émission de 4 timbres à l'effigie de quatre figures de notre culture parmi lesquels Mohammed Dib, l'immense écrivain algérien encore en vie.

   Derrière ce choix controversé, une volonté somme toute naïve de «booster» sa candidature au Prix Nobel de littérature comme s'il suffisait d'un timbre pour effacer des années d'indifférence et d'incompréhension à l'égard d'un monument de la littérature algérienne.

   La nécessité d'un choix

   En fait, deux options s'offrent à nous :

   La première, suivie par l'Algérie jusqu'à aujourd'hui, consiste à faire du timbre-poste le messager du caractère de notre pays pour qu'il rende quelque chose de notre terre, de son histoire et de son patrimoine artistique. Pour ce faire, il y a lieu de respecter certaines règles entre autres celles qui consistent à n'émettre qu'un nombre modéré de timbres et à réserver l'honneur d'avoir leur effigie sur le timbre-poste aux personnages décédés.

   La seconde vers laquelle nous conduit tout droit l'émission du 18 octobre est celle que nous qualifierons de mercantiliste et qui est adoptée par des pays comme le Liberia, la Tanzanie, la Gambie ainsi que par des pays minuscules à peine visibles sur la carte qui, entraîné pour la plupart par l'Inter-Governmental Philatelic Corporation (IGPC), société privée américaine, sorte de FMI philatélique, inondent le marché de timbres sur tout et n'importe quoi. Zidane, le mariage du prince Charles, les Pokémon, Clinton et son saxophone, tout y passe !

   La brèche

   L'émission du 18 octobre, si elle venait à se concrétiser, ouvrirait une brèche qu'il sera difficile de colmater par la suite et dans laquelle viendront s'engouffrer, comment peut-il en être autrement, les pressions de toute sorte, les intercessions, bref, la vanité des vivants. Toutes les corporations professionnelles , car pourquoi limiter cet hommage aux sportifs ? voudront avoir leur timbre. La juste mesure en pareil cas relève de l'exercice de haute voltige.

   Aux Etats-Unis, c'est en....1866 que le Congrès américain a voté une loi qui interdit de timbrifier une personne de son vivant. Mieux encore, cette personne ne peut être timbrifiée que dix ans après son décès. D'après les historiens, c'est là un temps suffisant pour une évaluation objective de l'impact d'une vie.

   A mon sens, le timbre doit rester la consécration ultime, l'honneur incommensurable, l'hommage qui couronne toute une vie car, qui peut nous certifier aujourd'hui qu'un tel sportif, chanteur ou acteur vivant dont l'effigie orne un timbre algérien qui circule aux quatre coins de la planète, ne va pas être mêlé à une affaire de moeurs qui viendrait éclabousser sa carrière, commettre un délit qui porterait atteinte à sa réputation ou changer carrément de nationalité ??? Qui peut prémunir un citoyen vivant contre la trahison de son pays ?

   Il me revient cette remarque oh ! combien sage et profonde, faite un jour par l'ancien président sénégalais Léopold Sédar Senghor à d'autres hommes de son entourage qui sollicitaient son accord pour graver son effigie sur un timbre-poste. " les fleurs, les oiseaux", leur dit-il en guise de refus" sont tellement plus beaux ! ".

   L'Algérie s'honore en honorant d'abord ceux de ses fils martyrs qui ont versé leur sang pour que l'Algérie soit souveraine et...émette ses propres timbres-poste !

    A la lecture du programme 2003, j'ai peur que ceux que Dieu a rappelé doivent encore attendre que les vivants soient servis !

   Que faire ?

   Si la collection de timbres-poste est un loisir ayant un caractère ludique et amusant, le timbre, par contre, est une affaire sérieuse car d'aucuns oublient souvent que ce bout de papier gommé est un attribut de souveraineté au même titre que le drapeau, l'hymne national et la monnaie. Seule l'installation d'une commission philatélique -qui n'est plus de service depuis des années- peut constituer un garde-fou contre ces errements et le garant d'une politique d'émission exigeante et rigoureuse.

   De grâce, messieurs les "programmateurs", n'ouvrez pas cette brèche !

   "Ne donnons au monde que des motifs de nous estimer et de nous aimer. Nous pourrions, alors, être fiers de notre Algérie et pourquoi pas de nous" Mohammed Dib.

   ALI AHMED Mohamed Achour

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