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Entretien avec Krimat Ahcène - L’Imprimeur du 1+9

   40 ans, jour pour jour, après l'émission du 1+9, Djamel Lahlou a réussi à retrouver pour nous, la trace de son imprimeur. Il s'agit de Mr KRIMAT Ahcène propriétaire de l'imprimerie : « Les Impressions d’Art » sise à Hussein Dey (Alger), celle qui a vu naître la première figurine postale de l'Algérie indépendante.

   Natif de Djidjelli actuelle Jijel le 15 Février 1935, à un âge où l'on postule légitimement à une retraite bien méritée, toujours aux commandes de son imprimerie, Mr Krimat, n'est pas prêt de jeter l'éponge.

   Selon son propre aveu, c'est la première fois depuis 1962 qu'il est approché par quelqu'un au sujet de ce timbre.
   L'homme dont le chemin s'est croisé un jour avec celui du premier attribut philatélique de notre souveraineté chèrement acquise, a été relégué aux oubliettes. Jamais, il ne s'est rappelé au bon souvenir de nos bureaucrates de la culture. Artisan laborieux, amoureux de son métier mais aussi de son pays, il a su garder le secret de celle émission.

   L'homme affable, presque surpris qu'on s'intéresse soudainement à lui à propos d'un timbre, a accepté de revenir avec nous 40 ans en arrière.

   Parlez nous de votre imprimerie.
   C'est une imprimerie que j'ai prise en gérance libre le 1er Octobre 1961. Elle employait 8 ouvriers, tous Européens à l'exception d'un jeune Algérien formé ici même.

   Votre imprimerie, a t elle déjà imprimé des timbres poste avant le 1+9 ?
   Nous imprimions des vignettes pour le compte de la CASICRA de l'époque. C'étaient des timbres imprimés en une ou deux couleurs sur papier gommé de 72 grs. La livraison se faisait par planche de 20 à 50 timbres selon le modèle.

   Par qui avez vous été approché pour l'impression du 1+9 ?
   Probablement par les gens de la Fédération du FLN de l'époque parmi lesquels j'avais des amis qui me connaissaient en tant qu'imprimeur. Mais honnêtement, je n'avais jamais eu de contact avant.

   A votre avis, pourquoi un tel choix s'est porté sur votre imprimerie ?
   Peut être qu'on ne voulait pas que l'impression se fasse chez un Européen et que des personnes qui me connaissaient avaient jugé qu'il était préférable de confier l'impression à un artisan algérien et de surcroît connu.

   Quelles étaient les consignes particulières qui vous avaient été données ?
   Deux consignes : d'abord le délai, ensuite travailler seul.

   Combien y avait-il de personnes chargées du contrôle ?
   Il y avait trois personnes. Après livraison « fin d'impression », ces personnes avaient détruit tout ce qui avait trait à l'impression, c'est à dire les feuilles gâchées et les habillages. Les clichés leur avaient été remis après nettoyage.

   Quand s'est déroulée l'impression ?
   L'impression s'est déroulée le 31 Octobre 1962, de 21 heures à 6 heures du matin.

   Combien de personnes étaient chargées de l'impression ?
   Uniquement ma personne.

   Sur quel type de machine, s'est effectuée l'impression du 1+9 ?
   Sur une platine GT. Heidelberg (34 x 46) Typo.

   Au moyen de quelle machine s'est faite la perforation ?
   Avec une vieille perforeuse manuelle à aiguilles. C’est une perforeuse professionnelle qui nécessitait plusieurs réglages et plusieurs opérations.

   Certains philatélistes parlent de 2 tirages distincts. Combien y en a t il eu exactement ?
   Un seul chez moi.

   Comment expliquez vous la mauvaise qualité de l'impression ?
   Le papier présentait des gondolements et à cause de la précipitation, les taquets de rectification n’ont pas joué leurs rôles. Mais, il y avait aussi le montage des clichés. En somme, qui dit mauvaise rectification dit mauvaise qualité.

   Sachant que chaque feuille se compose de 25 timbres, combien de feuilles exactement avez vous imprimé ?
   Il y avait, je crois me souvenir avec vraiment un doute 600 exemplaires mais après triage et retrait des mauvaises feuilles, j'ignore ce qu’il en restait.

   Peut on avoir une idée du coût de l'impression ?
   La facture a été établie au nom de la Fédération FLN d'Alger, le mois de Novembre 1962 pour un montent total de 1.320 NF de l'époque, facture encore enregistrée sur mon livre comptable.

   Que sont devenues les deux plaques en zinc ayant servi, l'une pour le vert, l'autre pour le rouge ?
   Elles ont été soigneusement nettoyées et remises aux personnes qui avaient pris livraison.

   Que sont devenus les essais ?
   Comme je l'avais dis auparavant, les essais ont été brûlés en ma présence dans la cour de l'imprimerie.

   Etiez vous conscient, à l'époque, du caractère historique du travail que vous venez d'effectuer ?
   Evidemment que oui. Mais j'avais gardé humblement cette satisfaction que d'ailleurs, je ne voulais pas ébruiter vu la mauvaise qualité de l'oeuvre.

   Avez vous eu l'impression que cette opération s'est faite dans la précipitation ?
   Absolument. Sinon, pourquoi avoir laissé jusqu'au dernier jour pour penser à réaliser ce genre de travail.

   Avez vous été contacté par la suite, au sujet de cette impression ?
   Non.

   Avez vous des anecdotes, en rapport avec le 1 + 9, à nous raconter ?
   La seule qui me vient à l'esprit est qu'après avoir tout brûlé, nous avons, mes trois gars et moi même pris un bon petit déjeuner composé de beignets et de café au lait chauds ici même dans cet atelier.

   Source : Philnews n° 40 de Janvier – Février 2003
   Entretien réalisé par Djamel Lahlou & Ali Ahmed Mohamed Achour


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