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Histoire de l'Union Postale Universelle
Tiré du livre LA POSTE - lien universel entre les hommes
édité à l'occasion du centenaire de l'Union Postale Universelle (U.P.U)
réalisé par VIE . ART . CITE
imprimé par les presses centrales de L ausanne (Suisse)
Texte d'Howard Daniel, ancien fonctionnaire des Nations Unies
Le 9 Octobre 1874, les représentants de 21 des 22 gouvernements participant à la Conférence postale internationale de Berne signaient le Traité postal de Berne instituant l'Union Postale Universelle ; ils créaient ainsi l'instrument historique régissant la poste internationale telle que nous la connaissons aujourd'hui. C'est paradoxalement la longue histoire de la poste qui, plus que toute autre chose, retarda la création de l'Union. Il fut un temps où la France avait conclu au bas mot soixante accords bilatéraux. Comme d'autre puissances économiques et politiques européennes avaient passé de semblables accords, le réseau en était extrêmement compliqué. Vers le milieu du XIX° siècle, cette toile d'arraignée juridique entravait la rapide expansion des échanges et du commerce non seulement en Europe, mais partout dans le monde. Le développement technique, économique et commercial de l'Europe du début du XIX° siècle rendit impérieusement nécessaire de simplifier et de mettre de l'ordre dans le système si confus que nous venons de décrire. En dépit de leur complication, de leur inefficacité et de leur coût économique, les arrangements postaux internationaux avaient, jusqu'à la fin du XVIII° siècle, satisfait plus ou moins bien aux besoins de cette époque. La révolution industrielle en Europe occidentale allait changer tout cela.
Pour que la poste pût rendre les services qu'en attendaient les populations, il fallait d'abord réformer et rationaliser les administrations postales nationales, puis mettre de l'ordre dans le chaos international.
La situation engendrant, semble-t-il, fréquemment l'homme dont elle a besoin, nous voyons alors apparaître une des plus grandes figures de l'histoire des postes : l'Anglais Sir Rowland Hill. Ce qui contrariait son esprit d'ordre et de logique, c'était l'existence d'un ensemble de pratiques postales qui empêchait une utilisation complète et rationnelle de la poste britannique. Les tarifs internes de la Grande-Bretagne des années trente étaient basés sur la distance, "mileage", et le poids. Le système satisfaisait si peu aux besoins que le monopole gouvernemental était régulièrement détourné. En de nombreuses régions, le nombre des lettres distribuées en marge du Postal Office excédait même celui des lettres distribuées par ce dernier.
Hill découvrit que le facteur de coût principal de l'entreprise postale était celui de la collecte et de la distribution des envois. Le coût de l'acheminement changeait peu avec la distance. Il en conclut qu'un tarif uniforme, ne tenant aucun compte de la distance, satisferait la plupart des usagers. Il escomptait, avec raison, qu'un usage accru et la simplification administrative et financière résultant de cette mesure viendraient compenser la baisse de recette par unité transportée. En 1837, il recommanda d'adopter pour l'ensemble du Royaume-Uni un tarif uniforme de I penny pour les lettres n'excédant pas une demi-once (14,2 g environ). Il eut enfin l'idée du timbre-poste. En dépit de la résistance des détenteurs de droits acquis, le Parlement britannique accepta ses propositions. Le 10 janvier 1840, il introduisait la "Penny-Post". Il fallut cependant attendre jusqu'en 1853 pour que l'affranchissement devint obligatoire en Grande-Bretagne. Mais l'exemple britannique fut rapidement adopté par la France, la Belgique, la Suisse, la Russie, l'Espagne, la Prusse et d'autre pays encore.


Ainsi fut créée l'Union Générale des postes en 1874 qui allait devenir l'Union Postale Universelle en 1878
Les débuts de la réforme Postale International
Ces réformes nationales fournirent la base d'un mouvement de réforme postale internationale. Quatre hommes font figure de pionniers dans ce domaine. Le premier est l'économiste allemand J. von Herrfeldt. Il publia en 1841 et 1842 des études qui montrent combien était forte l'influence exercée par l'oeuvre de Sir Rowland Hill. J. von Herrfeldt préconisait une liaison postale journalière entre les grandes villes par les voies les plus courtes et les plus rapides, avec des tarifs simplifiés et uniformisés, sans prélèvement d'une taxe de transit. Il proposa également la création d'un organe intergouvernemental, complété d'un secrétariat, qui se réunirait régulièrement pour traiter des problèmes financiers et d'organisation de la poste internationale. Ses propositions étaient prématurées, mais il avait semé quelques idées fécondes.
La deuxième est Manuel de Ysasi, un homme haut en couleurs, initialement armurier à Tolède, qui avait abandonné son métier pour se consacrer à ce qui était sa passion, la réforme postale internationale. Il fut la cheville ouvrière de la fondation en 1851 à Londres de l' "Association postale internationale et coloniale" dotée de branches et de correspondants dans 52 pays. Son but était l'instauration de tarifs postaux universellement simples, uniformes et bon marché.
Le troisième fut le directeur général des postes américaines : Montgomery Blair. C'est en grande partie grâce à ses efforts qu'eut lieu la Conférence postale internationale de Paris en 1863. Les quinze pays, qui s'y réunirent, traitèrent une liste de 36 questions mises au point par la France, pays hôte de la conférence. Les délégués parvinrent à se mettre d'accord sur quelques questions fondamentales telles l'unification des poids et tarifs et la simplification administrative. Mais cet accord, consigné dans un document intitulé "Résultats des délibérations de la Conférence postale internationale de Paris" ne liait pas les gouvernements.
La Conférence de Paris rendit évident que la communauté internationale avait atteint la limite des améliorations qu'il était possible d'obtenir par voie bilatérale. Les réalisations, qui suivirent cette conférence, n'en créèrent pas moins les conditions favorables à la rationalisation en dernière étape d'un service postal à l'échelon international. L'homme qui allait mener à bien cette importante réforme fut Heinrich von Stephan, le dernier et aussi le plus grand des quatre réformateurs internationaux.

Montgomery Blair
Heinrich von Stephan
Les conditions étaient assurément arrivées à maturation. Dans les années 1860, l'Union Postale austroprussienne s'était révélée une réussite. Le jeune et brillant administrateur qu'était von Stephan avait réorganisé l'administration postale de l'Allemagne du Nord. Son don de la diplomatie et des langues lui avait permis d'apporter des améliorations dans les relations postales avec de nombreux pays. en 1869, il se montra à même de persuader le Gouvernement allemand de prendre l'initiative de la convocation d'une conférence internationale, afin d'accomplir pour le monde ce que Sir Rowland Hill avait accompli pour la Grande-Bretagne. Il fallut toutefois attendre jusqu'au 15 septembre 1874 que s'ouvrit à Berne, dans un petit pays neutre, le premier Congrès postal international.
Le premier Congrès de l'UPU - BERNE 1874
Les organisateurs du Congrès de Berne s'inspirèrent pour une bonne part du schéma établi par l'Union télégraphique internationale, qui avait tenu des conférences à Vienne en 1868 et à Berne en 1871/72. Le congrès postal fut présidé par la Suisse Eugène Borel, conseiller fédéral et chef du Département des postes.
 Eugène Borel
L'élément clef des règles de procédure était consigné à l'article 4. Ce dernier prévoyait que le projet préparé par l'administration postale allemande, et que les autorités postales suisses s'étaient chargées de faire parvenir à tous les intéressés, servirait de base de délibération. C'était le projet que von Stephan avait préparé avec infiniment de soin. Lui et ses collaborateurs arrivèrent à la conférence avec un tel bagage de chiffres et de faits qu'ils furent en mesure de prévoir et de réfuter toutes les objections. Von Stephan brossa un tableau séduisant et convaincant de la future Union postale. Les points de son projet furent quasi tous acceptés - voire améliorés - par les vingt deux pays participants.
Au terme de quatorze séances, les participants parvinrent à se mettre d'accord pour signer un Traité postal le 9 octobre 1874, date à laquelle on célèbre maintenant annuellement la Journée de l'Union Postale Universelle (U.P.U). Ce Traité était constitué de vingt articles de base et d'une série de réglementations, en trente articles, touchant les aspects pratiques de l'activité postale internationale et le fonctionnement du Bureau permanent de l'organisation.
Il vaut la peine de résumer les principaux points du Traité postal de Berne. Exception faite de quelques changements mineurs rendus nécessaires par des progrès techniques, comme le courrier aérien, et d'aménagements des institutions imposés par le caractère pratiquement universel de la participation, l'actuelle Constitution de l'U.P.U, adoptée au seizième Congrés, tenu à Tokyo en 1969, n'est pas fondamentalement différente du document accepté à Berne en 1874.
Le Traité de Berne transformait d'un coup un dédale international d'administrations et de réglementations postales contradictoires en un territoire postal unique pour ce qui concernait les envois de la poste aux lettres. L'ampleur de cette réforme est impressionnante. Avant le 9 octobre 1874, les tarifs postaux pratiqués entre les vingt-deux pays qui se rencontrèrent à Berne étaient au nombre de 1200 environ. Passé cette date, il y eut désormais un seul et unique tarif.
Les pays membres garantissaient la liberté de transit à l'intérieur du territoire postal de l'Union. Von Stephan avait également proposé de supprimer les taxes de transit, mais cette proposition était prématurée et le principe n'en est pas encore accepté à ce jour. Le Traité établit néanmoins une base de calculation uniforme des taxes de transit. Les ports des envois de la poste aux lettres furent uniformisés - et même à un niveau inférieur à celui proposé par von Stephan. Ils étaient, d'autre part, conservés en caisse par les pays de l'expéditeur. Du coup était supprimé le cauchemar administratif et financier que représentait le partage de la taxe postale entre pays expéditeurs et pays destinataires. Le Traité instituait une procédure d'arbitrage des différends entre pays-membres. Il créait également un secrétariat central - le Bureau international - chargé de faciliter l'application du Traité. Les frais de ce Bureau devaient être supportés par tous les parties contractantes. Finalement, des dispositions furent prises pour que les pays-membres puissent se réunir périodiquement en Congrès, afin de réviser au besoin les Actes de l'Union et de traiter les problèmes communs.
Les vingt-deux pays dont les représetants signèrent le Traité postal de Berne étaient l'Allemagne, l'Autriche, la Belgique, le Danemark, l'Egypte, l'Espagne, les Etats-Unis, la France, la Grande-Bretagne, la Grèce, la Hongrie, l'Italie, le Luxembourg, la Norvège, les Pays-Bas, le Portugal, la Roumanie, la Russie, la Serbie, la Suède, la Suisse et la Turquie. Bien que le Montenegro n'eût pas participé au Congrès de Berne, il signa la convention le 1er Juillet 1875 et fut considéré comme membre fondateur de l'Union. La France signa le Traité le 3 Mai 1875, avec effet au 1er Janvier 1876. Pour tous les autres pays signataires, la convention entra en vigueur le 1er Juillet 1875. Dans les trois années qui suivirent, les adhésions atteignirent un nombre tel que le Congrès de Paris de 1878 décida de modifier le nom de l'organisation : l'Union générale des postes devint ainsi l'Union Postale Universelle.
L'idée d'un Bureau international est due au délégué belge Vinchent, qui pensait qu'un petit secrétariat non autonome, chargé de tâches limitées et supervisé par un pays choisi par le Congrès, faciliterait l'arbitrage des différends. Il vaut la peine de s'arrêter aux tâches confiées à ce Bureau, lesquelles demeurèrent pratiquement inchangées jusqu'en 1947. Le Bureau international devait, sous la surveillance des autorités helvétiques, être un organe de liaison, d'information et de consultation. Il devait plus particulièrement: 1. constituer la centrale de toutes les informations de base concernant le service postal interne des pays-membre; 2. organiser la distribution à tous les membres d'une information postale internationale de base; 3. préparer et distribuer des statistiques annuelles; 4. publier un mensuel en anglais, français et allemand; 5. assister les pays d'acceuil dans la préparation des congrès; 6. accomplir des tâches spécifiques à la demande des membres. Le gouvernement Suisse nomma comme premier directeur du Bureau International le conseiller fédéral Eugène Borel qui avait présidé le Congrès de Berne.
Vers L'Universalité - l'U.P.U de 1874 à 1939
Durant ses soixante-cinq premières années, l'Union survécut à de nombreuses difficultés, y compris une guerre mondiale. Son activité et son organisation fondamentales subsistèrent cependant sans changement important.
Le Traité postal de Berne avait pour objet la "poste aux lettres". On attendait par là les lettres, les cartes postales, les livres, journaux, magazines et autres imprimés, de même que les échantillons commerciaux et les papiers d'affaire. Ces envois constituaient à l'époque la grande masse du travail postal. Mais de nouveaux services se développaient pour répondre aux besoins d'un commerce en continuelle expansion et aux perfectionnements de la technique des transports. Les besoins de cette société en plein développement réclamaient la mise sur pied de services postaux supplémentaires ou la rationalisation de certains services existants. La tâche principale des seize congrès ordinaires et des quatres conférences adminitratives, qui eurent lieu de l'Assemblée de Berne de 1874 au Congrès de Tokyo en 1969, fut de développer et d'intégrer de nouveaux services au système postal international de l'U.P.U.
Presque immédiatement après sa création, l'organisation fut confrontée au problème fondamental de l'administration de nouveaux membres. Le 15 novembre 1875, les Indes britanniques déclarèrent leur adhésion au Traité de Berne. Conformément aux clauses du Traité, les autorités postales suisses en informérent les administrations des pays ayant des relations postales contractuelles avec les Indes. Il leur fut notifié, ainsi qu'aux autres membres de l'Union, que la question serait débattue lors d'une conférence qui se tiendrait à Berne en janvier 1876. Sur ces entrefaits, les autorités françaises, hollandaises et espagnoles firent des déclarations semblables concernant leurs colonies.
La Conférence se réunit à Berne. Elle tomba d'accord sur les taxes de transport maritime à appliquer pour les Indes britanniques et les colonies françaises. L'admission des colonies hollandaises et espagnoles fut reportée à l'année suivante. Jusqu'au Congrès de Rome (1906), dix-sept groupes de colonies et territoires non autonomes allaient devenir membres de l'Union. C'était un principe bien établi que chaque pays, qu'il fût colonie ou puissance métropolitaine, pouvait devenir membre par simple déclaration d'adhésion. Cette règle resta en vigueur jusqu'en 1947.
Les services postaux supplémentaires - ceux qui n'étaient pas prévus par le Traité de Berne - correspondaient déjà à la presque totalité de l'évantail des prestations postales d'aujourd'hui. Ce sont des services tels que : les lettres recommandées, les distributions spéciales de lettre exprès, les mandats de poste, les paiements de factures, les abonnements aux journaux et périodiques, les coupons-réponses internationaux, les "traveller's cheques" postaux, les paiements par virement international, les petits paquets, les colis postaux et la poste par avion. L'un ou l'autre de ces services existait dans des administrations postales nationales. Au terme d'une série de congrès et de conférences de l'U.P.U, ils furent tous intégrés au système postal international et mis ainsi à la disposition de centaines de millions d'autres habitants du globe.
Tous les membres n'éprouvaient pas le besoin ou ne se sentaient pas prêts à assumer de tels services. L'introduction de certains d'entre eux fut déclarée obligatoire. D'autres étaient facultatifs et n'obligeaient que ceux qui les avaient nommément acceptés.
C'est à Paris que se tint, en 1878, le premier Congrès qui suivit la rencontre historique de Berne. Ce congrès introduisit dans le système postal international des lettres recommandées - assurées à leur valeur déclarée - et des mandats internationaux qui permettaient, avec un minimum de formalités, d'envoyer de l'argent dans presque toutes les parties du monde. Il eut une conséquence peut-être encore plus importante sur le plan psychologique, dans la mesure où il créait un précédent encourageant. Le succès de l'intégration au système postal international de services, qui avaient révélé leur importance sociale dans les pays qui les avaient créés, donna à penser aux membres qu'il était possible d'internationaliser un grand nombre d'autres services. Cela faisait, en vérité, partie de la stratégie initiale du clairvoyant Heinrich von Stephan.
Les services postaux de grande valeur social et commerciale, que nous avons mentionnés plus haut, furent introduits par les neufs congrès qui eurent lieu avant la Seconde Guerre Mondiale dans les villes suivantes : Lisbonne (1885), Vienne (1891), Washington (1897), Rome (1906), Madrid (1920), Stockholm (1924), Londres (1929), le Caire (1934) et Buenos Aires (1939). Durant cette période, il y eut un certain nombre de conférences administratives - à Paris (1880), Bruxelles (1890) et La Haye (1927) - qui entreprirent des travaux préparatoires. L'emploi du temps des délégués n'était pas uniquement occupé par des questions purement administratives ou commerciales. Le Congrès de Lisbonne (1885) admit que le matériel de lecture Braille pour les aveugles transitât par la poste internationale au tarif le plus bas appliqué aux imprimés. Le Congrès de Rome (1906) rendit possible le libre transit par la poste internationale de certaines catégories de courrier pour les prisionniers de guerre. Une autre innovation fut la décision du Congrès de Washington (1897) d'agréer les cartes postales de fabrication privée. Jusque-là, la fabrication des cartes postales était un monopole des services postaux nationaux. Le pionnier en la matière fut le service postal autrichien, bien que l'idée semblât n'avoir pas été étrangère à von Stephan. Les cartes postales élargirent considérablement les contacts humains... et notamment sentimentaux.
L'introduction du coupon-réponse payé, décidée par le Congrès de Rome (1906), fut un apport précieux sur le plan à la fois social et commercial. Comme un timbre-poste universel ne semblait pas réalisable dans un avenir prévisible, le coupon-réponse se révéla un très précieux expédient à long terme. Emis par le Bureau international et vendu aux membres au prix coûtant, le coupon pouvait être échangé dans n'importe quel bureau de poste de n'importe quelle partie du monde contre un timbre d'une valeur suffisante à assurer l'acheminement d'une seule lettre vers n'importe quel autre pays-membre de l'Union. Le système qui fut introduit bénéficia d'une expérience britannique antérieure.
Le Congrès de Vienne (1891) introduisit un système d'abonnement postal à des journaux et périodiques publiés dans les autres pays-membres de l'Union. Les tarifs postaux, qui leur étaient appliqués, étaient considérablement inférieurs à ceux des lettres, mais les délais de distribution également moins rapides.
La valeur commerciale et économique d'autres innovations était plus évidente. Le Congrès de Madrid (1920) introduisit le service des virements postaux internationaux. Cela permettait à toute personne possédant un compte de chèques postaux de régler une facture ou de transférer par la poste une somme d'argent à une personne ou une corporation domiciliée dans un autre pays-membre de l'Union, ayant adopté ce système. Les paiements étaient faits en devises du pays destinataire, à des taux de change agréés. La Conférence de La Haye (1927) entreprit de fixer les premières dispositions concernant le courrier par avion, un événement de portée historique au regard du développement fantastique que ce moyen de transport allait connaître dans la poste internationale. La participation de 79 représentants appartenant à trente-cinq pays-membres de l'Union montre bien que l'on était conscient de l'importance que prendrait la poste aérienne. Plus tard, des rencontres en comité restreint, rassemblant uniquement les pays directement concernés, eurent lieu à Bruxelles (1930), à Prague (1931), à La Haye (1937), à Paris (1937) et de nouveau à Bruxelles (1938). La participation d'autorités aéronautiques fut un élément nouveau à ces assemblées. La préoccupation première de ces réunions était de faire profiter les liaisons postales entre grandes villes européennes de l'atout que représente la vitesse du transport aérien.
Le Congrès de Londres (1929) introduisit dans la poste internationale le "petit paquet". Il s'agit d'un envoi postal se situant entre la lettre et le colis postal, meilleur marché et plus lent que la première, mais plus cher et plus rapide que le second. Sa simplicité administrative est grandement appréciée par quiconque a fait l'expérience kafkaïenne, consistant à se morfondre dans des files apparemment interminables, dans les bureaux de poste bondés des veilles de fêtes, la main serrant une liasse de formulaires incorrectement remplis, le tout pour envoyer des cadeaux de Noël à l'étranger. Enfn, le Congrès de Londres décida d'offrir aux postes britanniques une plaque commémorative rendant hommage à Sir Rowland Hill.
Durant cette première période de développement de l'Union, une grande importance fut accordée à la question des tarifs. Les autorités postales de Nouvelle-Zélande et d'Australie jouèrent un rôle d'animatrices pour obtenir une réduction à la fois des tarifs des lettres ordinaires et des droits de transit. Les problèmes économiques légués par la Première Guerre Mondiale étaient toutefois tels que de nombreux pays ne pouvaient accepter un abaissement des tarifs et des droits. Le Congrès de Madrid (1920) ne vit, contrairement à ceux qui l'avaient précédé, que de médiocres progrès dans ce domaine.
Il fallut attendre le Congrès de Buenos Aires (1939) pour voir admise une réduction des tarifs des lettres et des cartes postales. Tout en échappant à l'abolition, les tarifs de transit furent abaissés à maintes reprises. Les taux adoptés au Congrès du Caire (1934) restèrent inchangés jusqu'en 1947.
Le problème du règlement des comptes postaux internationaux surgit principalement dans le contexte du paiement des taxes de transit. Le Congrès de Madrid (1920) régla provisoirement ce problème en choisissant le franc-or comme unité de règlement. Le Congrès de Stockholm (1924) définit le franc-or comme un franc de 100 centimes, dont la valeur correspond à un poids de 10/31 de gramme d'or à une pureté de 90%. En dépit de l'existence de possibilités de clearing au Bureau international, la plupart des règlements se faisaient sur le mode bilatéral. La chambre de liquidation du Bureau international fut cependant utilisée pour certains règlements, par exemple ceux ayant trait au système du coupon-réponse international.
Examinons brièvement les méthodes de travail du Congrès - organe suprême de l'Union - durant cette première période de 1874-1947. La compétence et l'efficacité avec lesquelles les divers congrès traitèrent leurs affaires sont impressionnantes. En fait, lorsqu'on sait que les pays-membres avaient avancé 2248 propositions à examiner au Congrès de Madrid (1920), c'est tout à l'honneur des délégués d'avoir mené méthodiquement à bien une tâche d'une telle ampleur.
Un coup d'oeil sur la liste des participants aux congrès et conférences jusques et y compris le Congrès de Buenos Aires (1939) montre que la majorité des délégués était de hauts fonctionnaires des postes. Il était exceptionnel qu'un pays fût représenté par un diplomate ou même qu'un diplomate fît partie d'une délégation.
En dépit de la compétence et de l'efficacité des congrès - dues à l'excellent travail du petit secrétariat international - il fallait beaucoup de temps pour venir à bout des vastes programmes de délibération. L'Union explora différentes méthodes de travail. En 1921 et 1922, une Commuission d'étude s'essaya sans succès à une révision complète de l'ensemble des décisions du Congrès et des autres organes. L'Union institua par deux fois des commissions préparatoires : à Paris (1928) pour préparer le Congrès de Londres (1929) et à Hawaï (1933) pour préparer le Congrès du Caire (1934). Cela ne se traduisit pas par des succès marquants. Délégués plénipotentiaires de leur gouvernement, les congressistes estimaient qu'il était important de faire entrendre la voix de leur pays. On tenta de limiter la durée des interventions. Cette mesure ne s'appliquait toutefois pas aux sujets "d'importance majeure", notion bien sûr sujette à interprétation. En tout état de cause, il était essentiel que les délégués fussent des plénipotentiaires, afin de pouvoir lier leur gouvernement.
Le Congrès était présidé de bout en bout par le directeur général des postes du pays d'acceuil. Il était assisté par le directeur du Bureau international qui fonctionnait comme vice-président. Le personnel du Bureau international, aidé par des fonctionnaires du pays où se tenait le Congrès, assurait le secrétariat des séances.
Lors des débats des congrès et autres assemblées, les délégués s'exprimaient en français. Le Congrès de Buenos Aires (1939) fut le premier à user d'un équipement relativement complexe de traduction simultanée en quatre langues. Ce fut, incidemment, lors de ce même congrès que l'on prit la décision de célébrer chaque année, le 9 Octobre, la Journée de l'Union postale universelle.
Quels que fussent leur efficacité et le travail considérable que les hauts fonctionnaires des postes abattaient, on estima que les congrès des années vingt et trente les retenaient par trop longtemps éloignés de leur pays. Le Congrès de Buenos Aires (1939) dura presque huit semaines. En comptant le temps du voyage, certains délégués furent absents de leur service pendant près de quatre mois.
Durant cette première période de l'Union, le modeste Bureau international remplit ses tâches avec énergie et efficacité. Ses fonctions essentielles, qui lui avaient été attribuées à Berne en 1874, restèrent pratiquement inchangées jusqu'en 1947. Jusqu'à cette date, il fut, sous la haute surveillance du Gouvernement suisse, l'unique organe permanent de l'Union. D'autres congrès - en particulier celui de Vienne (1891) - lui attribuèrent certaines tâches supplémentaires. Mais elles avaient toutefois essentiellement le caractère de services. Il s'agissait pour le Bureau de préparer le travail des congrès, conférences et autres rencontres, de fonctionner comme office de clearing des comptes postaux, comme centrale d'échange d'informations postales, et d'arbitrer éventuellement des différends, si les parties en faisaient la demande. En plus de sa fonction de mémoire collective de la communauté postale universelle, qui se traduisit concrètement par la conservation et le classement des procès verbaux, actes et archives de l'Union, le Bureau international rendait les services d'une centrale d'informations de base. Il faisait régulièrement parvenir des informations à tous les membres. Il publiait et maintenait à jour un répertoire consignant par ordre alphabétique tous les bureaux de poste existant dans le monde. Il y en a maintenant plus d'un demi-million, employant environ cinq millions de personnes. Et surtout, le Bureau international publiait depuis 1875 un mensuel intitulé "Union Postale". Ce périodique fut, durant ses quarante-cinq premières années, publié en anglais, français et allemand. L'espagnol y fut ajouté en 1920. Après la Seconde Guerre Mondiale, ce fut le tour de l'arabe, du chinois et du russe. "Union Postale" est l'un des plus anciens parmi les périodiques postaux et les bulletins officiels d'organisations intergouvernementales. Publié sans interruption depuis 1875, conformément à l'article 27(9) des règles de détails de l'Union, il est bien plus qu'une source d'informations courantes indispensables pour la communauté postale internationale. "Union Postale" est la source de renseignements la plus riche qui ait jamais existé sur l'histoire de la poste à travers le monde.
Durant cette période initiale, l'Union célébra avec éclat ses 25e et 50e anniverssaires. Un Congrès extraordinaire se tint à Berne en 1900 pour fêter le 25e anniverssaire. Il avait été décidé de commémorer l'événement par l'érection d'un monument. C'est le sculpteur français René de Saint-Marceaux qui gagna le concours international organisé à cet effet.
Lors de la célébration du cinquantenaire à Stockholm (1924), le Congrès rendit hommage aux pères fondateurs de l'Union. C'est à Heinrich von Stephan, anobli quelques années avant sa mort par le Gouvernement allemand, que furent réservés les hommages les plus marquants.

Monument de l'Union Postale Universelle, érigé à Berne,
en commémoration du 25ème anniversaire de sa création.
L'U.P.U entre dans l'âge électronique 1939 - 1974
Cette dernière partie relate l'histoire de l'U.P.U de la Seconde Guerre mondiale à l'année de son centenaire. Elle montrera comment l'Union s'adapta à des tâches nouvelles qui surgirent dans un monde aux distances abrégées par la rapidité des communications et caractérisé par deux phénomènes différents : d'un côté, l'explosion technologique et le boom économique et commercial dans les pays développés de longue date ; de l'autre, l'émergence durant les années soixante et soixante-dix de dizaines et de dizaines de nouveaux Etats indépendants, tous pratiquement en voie de développement.
La Seconde Guerre mondiale eut sur la poste internationale des effets bien plus dévastateurs que la Première. Elle toucha directement de plus vastes régions du globe et une part beaucoup plus importante de la population mondiale; elle fit aussi un nombre infiniment plus grand de victimes. Là où la poste internationale se maintint, les aléas de la guerre en réduisirent considérablement l'activité. Les communications postales césèrent complétement entre les pleuples des puissances de guerre.
La seule note heureuse et optimiste durant cette triste période fut la survie du Bureau international qui réussit au prix de grandes difficultés à poursuivre son travail. C'est en grande partie parce que tous ses membres étaient des ressortissants suisses que la chose fut possible. Le fait que le Bureau fut installé à Berne, dans la capitale d'un Etat neutre, était heureux à double titre. Les autorités suisses, qui avaient la haute surveillance de la Convention, furent en mesure de lui fournir de nombreuses possibilités, dont celle, très importante, de conserver le contact avec la plupart des membres de l'Union. L'autre avantage découlant de l'hospitalité d'un Etat neutre avait trait aux services que le Bureau international pouvait rendre et rendit effectivement à certaines catgéories de prisonniers de guerre et d'internés civils. D'autre part, il collabora utilement avec la Croix Rouge Internationale pour faciliter le transit d'envois postaux, au bénéfice au moins de certaines victimes de la guerre.
Tout au long de son histoire, l'Union était restée une organisation essentiellement axée sur la mise en oeuvre de meilleurs services au bénéfice de la communauté internationale et ne prêtant qu'un minimum d'attention aux questions politiques. Il en fut tout autrement après la Seconde Guerre Mondiale. On le vit clairement lors du douzième Congrès qui se réunit à Paris en 1947. Ce qui frappe à propos de ce congrès, c'est l'augmentation marquée du nombre des diplomates de carrière au sein des délégations.
 Le bâtiment du Bureau international de l'U.P.U à Berne
Ce fut un nouveau départ pour l'Union. Dans ses jeunes années, la notion généralement bien acceptée d'universalité avait grandement facilité l'admission de nouveaux membres. C'est le Congrès de Paris (1878) qui avait décidé que n'importe quel pays pouvait adhérer à l'Union par simple déclaration unilatérale. Dès l'entrée en vigueur, le 1er Juillet 1948 , de la Convention révisée par le Congrès de Paris (1947), les pays candidats durent, pour être acceptés, obtenir l'approbation des deux tiers des membres de l'Union. Cette disposition, qui faisait partie des conditions auxquelles avait à satisfaire l'Union pour devenir une agence spécialisée de l'O.N.U, fut adoptée le 4 Juillet 1947, après signature d'un accord avec les Nations Unies. La disposition resta en vigueur telle quelle jusqu'au Congrès de Vienne (1964) où il fut décidé qu'elle ne s'appliquerait qu'aux pays qui n'étaient pas membres des Nations Unies. Seuls les membres de l'O.N.U pouvaient donc adhérer à l'Union par simple déclaration unilatérale.
Un autre acte important aux répercussions politiques fut l'installation par le Congrès de Paris d'un nouvel organe permanent de l'Union : la Commission exécutive et de liaison, qui allait devenir le Conseil exécutif. Cet organe permanent de 31 membres se réunit normalement une fois par an. Il coordonne et supervise l'activité de l'Union, assure la continuité du travail dans l'intervalle des congrès et sert aussi à ces derniers d'organe de consultation. Ses fonctions de contrôle du Bureau international, dont il nomme le directeur général et les cadres supérieurs, se sont sans cesse accrues, de sorte qu'aujourd'hui les autorités suisses n'exercent plus leur surveillance que dans le domaine des finances.
Le Congrès de Paris (1947) rassembla 79 pays représentés par 291 délégués et experts. Au dernier congrès, qui s'est tenu à Tokyo en 1969, le nombre des pays-membres était de 133, représentés par 523 délégués et experts. A la fin de 1973, le nombre des pays-membres avait atteint 150 et presque toute la population du globe était représentée dans l'Union. C'est là une croissance impressionnante par rapport au Congrès de Berne d'il y a cent ans qui rassemblait 22 pays représentés par 42 délégués et experts. Il est difficile d'imaginer que cela n'ait pas produit quelques changements dans les organes de l'Union.
Le principe d'une juste représentation géographique, qui est devenu un trait caractéristique des organisations des Nations Unies, fut suivi par l'Union. Lorsque le Congrès de Paris (1947) institua la Commission exécutive et de liaison, aujourd'hui Conseil exécutif, il décida que les 20 sièges seraient à partager entre cinq régions mondiales. Au moment du Congrès de Tokyo (1969), le nombre des pays-membres du Conseil exécutif était passé à 31, la distribution géographique reflétant proportionnellement le nombre des pays-membres de chaque région. Aujourd'hui, les cinq régions sont représentées comme suit : Hémisphère occidental : 6 sièges ; Europe de l'Est et Asie septentrionale : 3 sièges ; Europe occidentale : 5 sièges ; Asie du Sud-Est, Asie du Sud et Océanie : 8 sièges ; Afrique : 9 sièges.
Jusqu'à ces dernières années, le personnel était entièrement suisse et jusqu'en 1967, les directeurs furent sans interruption des Suisses, les quatre derniers étant d'anciens directeurs généraux des PTT. Cette tradition cessa, en 1967, lorsque feu M. Michel Rahi, un Egyptien, fut nommé à ce poste. M. A. H. Ridge, le directeur actuel, est un sujet britannique. Les Suisses sont maintenant en minorité au Bureau international où, eu égard au principe de la répartition géographique, la majeure partie des fonctions supérieures sont assumées par des ressortissants d'autres pays.
On peut comprendre que les considérations politiques aient tenu une place prééminente dans les organes de l'Union ayant à traiter de questions engageant les Etats. Mais dans les domaines technique et fonctionnel où l'Union exerce sa compétence, c'est à l'efficacité professionnelle qu'a été donnée la priorité. Ainsi, les membres du Conseil consultatif des études postales (CCEP), qui a remplacé en 1969 la Commission consultative du même nom et son Conseil de gestion, sont élus uniquement sur la base de leur compétence professionnelle et de la contribution qu'ils peuvent apporter au progrès et à l'amélioration des services postaux. Le travail de ce Conseil est d'étudier les problèmes techniques, présentant de l'intérêt pour les administrations postales, dans le but de les informer. Le Conseil - composé de 30 pays-membres - étudie également les problèmes de formation - y compris l'apprentissage - intéressant les pays en voie de développement ainsi que les moyens d'améliorer leurs services postaux ; son programme de travail est établi par le Congrès.
Ce sont en revanche des considérations à la fois politiques et économiques qui ont déterminé depuis quelques années la constitution d'un nombre croissant d'Unions postales restreintes. Ces Unions, généralement formées de pays appartenant à une même aire géographique, fournissent aux usagers des pays-membres des prestations meileur marché et mieux adaptées. L'article 8 de la Constitution de l'U.P.U autorise la création de semblables Unions à condition qu'elles n'introduisent pas des dispositions moins avantageuses pour les usagers que celles stipulées par les Actes de l'U.P.U, auxquels elles sont parties prenantes. Ces Unions ont le droit d'envoyer des observateurs aux réunions de l'U.P.U. La plus ancienne de ces associations est l'Union postale des Amériques et de l'Espagne. Depuis lors, d'autres Unions se sont formées, dont notamment l'Union postale des pays du Nord, l'Union postale arabe, l'Union postale de l'Asie et de l'Océanie, l'Union Africaine et Malgache des postes et télécommunications, l'Union postale africaine et la Conférence européenne des postes et télécommunications.
On a pris conscience, il y a un peu plus d'une décennie, de l'importance de ces Unions. En effet, l'aide des Unions restreintes s'est révélée utile, notamment dans le domaine de la coopération technique où elles se prêtent à la coordination des activités d'assistance sur le plan régional, groupant des pays ayant des intérêts semblables. Cette évolution a amené l'U.P.U à examiner plus attentivement les relations avec ces Unions. Le Congrès de Tokyo (1969) a pris le problème en considération et demandé au Conseil exécutif de faire une étude détaillée pour le Congrès de Lausanne (Suisse) en 1974.
Les problèmes résultant de la multiplication de ces Unions postales ne pouvaient pas être prévus par les pères fondateurs de l'U.P.U. De même, ils ne pouvaient pas prévoir qu'apparaîtrait le besoin d'amples et fréquents contacts avec d'autres organes intergouvernementaux ou même non gouvernementaux.
Après la Seconde Guerre Mondiale, l'U.P.U est devenue en 1947 une agence spécialisée de l'O.N.U. Depuis lors, les relations et l'active coopération de l'Union avec d'autres organes internationaux se sont accrues et intensifiées. En fait, l'U.P.U considère que ses activités seraient inconcevables dans le monde actuel sans la coopération des agences spécialisées de l'O.N.U et d'autres organisations aux intérêts et aux activités apparentés. Les plus importantes de ces relations sont celles qui lient l'U.P.U à l'Union Internationale des télécommunications (projets communs d'assistance technique, notamment), à l'Organisation mondiale de la santé (transport postal de matières biologiques périsables), à l'Agence internationale de l'énergie atomique (matières radioactives) et à l'Organisation internationale de l'aviation civile en ce qui concerne le courrier aérien. Dans ce domaine, l'Union a aussi des relations très suivies avec une organisation non gouvernementale, l'I.A.T.A, Association internationale du transport aérien. Il existe également deux autres organisations non gouvernementales avec lesquelles l'Union maintient d'étroits contacts, le Conseil de coopération douanière, concernant les moyens d'accélérer et de simplifier les formalités douanières dans le service postal et l'Organisation internationale de standardisation (ISO) à propos de problèmes tels que le poids, les formats des lettres, etc...
L'une des tâches principales du Congrès de l'U.P.U, organe suprême de l'organisation, est d'étudier et de réviser les Actes de l'Union, c'est à dire la Constitution, les règlements généraux, la Convention et ses règles. Les Actes ont force obligatoire pour tous les pays-membres. Durant une certaine période, plus de douze Congrès ont complété et modifié les documents originaux signés à Berne le 9 octobre 1874. Le Congrès d'Ottawa (1957) décida de mettre un peu d'ordre dans cette accumulation de textes diplomatiques et légaux. Sur la base de quelques directives d'ordre général, il chargea son Comité exécutif de liaison d'étudier le problème et de soumettre un projet au Congrès de Vienne (1964). Le projet accepté par le Congrès divisait la Convention et les règles de détails en quatre Actes distincts.
L'Acte de base de l'Union est la "Constitution", dont les conditions réglant son application sont précisées dans le "Règlement général".
La constitution énonce les buts de l'Union et établit des règles précises concernant sa structure organique. Les pays-membres y sont considérés comme formant un "seul territoire pour l'échange réciproque d'envois de la poste aux lettres". Ce principe en engendre un second qui est celui de la "liberté de transit", c'est-à-dire l'obligation pour une administration postale intermédiaire de transporter aussi la correspondance qui lui est livrée en transit par une autre administration.
 Ancien bâtiment de la Diète suisse, siège du Congrès de Berne en 1874 où fut fondée l'Union postale universelle
Mention doit être faite d'autres principes fondamentaux, essentiels au fonctionnement du service : ceux concernant les tarifs et les catégories de poids standards et le non partage du port pour les envois de la "poste aux lettres". Toutefois, le congrès de Tokyo (1969) introduisit une importance exception à ce dernier principe. Il stipula qu'une administration qui reçoit d'une autre administration postale davantage d'envois de la poste aux lettres qu'elle n'en envoie soit indemnisée pour ses dépenses.
Certaines règles communes applicables au service postal international et les dispositions réglant les prestations de la poste aux lettres sont contenues dans une "Convention" complétée par son "Règlement d'exécution", d'un caractère plus technique.
La notion de "poste aux lettres" s'applique à cinq catégories d'envois : lettres, cartes postales, imprimés, littérature pour aveugles et petits paquets; la Convention fixe les tarifs, le poids, les formats limites et les conditions d'acceptation.
En plus, la Convention prescrit les méthodes servant à calculer et collecter les droits pour le courrier passant à travers le territoire de plusieurs pays. Elle établit notamment des prescriptions pour l'expédition de la correspondance recommandée, de la correspondance par avion ainsi que pour l'expédition d'objets dont le transport exige des précautions particulières (substances biologiques périsables et substances radioactives).
La Constitution, le Règlement général, la Convention et son Règlement d'exécution ont force obligatoire pour tous les pays-membres. Dès lors que 150 pays et territoires ont maintenant adhéré à ces Actes, leurs dispositions touchent pratiquement la totalité de la population du monde.
En outre, des accords facultatifs régissent les services postaux en ce qui concerne le maniement des valeurs assurées, des paquets, des mandats, des virements, des remboursements, des recouvrements, des dépôts d'épargne et enfin des abonnements aux journaux et périodiques.
Dès la fin de la Seconde Guerre Mondiale, l'U.P.U a poursuivi sa tâche traditionnelle qui est d'améliorer les services postaux internationaux. Au sortir de la guerre, tout le monde avait un tel intérêt au rétablissement rapide de ces services que l'on fit des efforts particuliers pour convoquer le douzième Congrès dans des délais les plus brefs. C'était la nécessité même.
Beaucoup songeaient aux services qu'allaient rendre à la poste internationale les avions à grand rayon d'action, développés durant la guerre. Aussi l'un des premiers actes du Congrès de Paris (1947) fut-il de créer un nouveau comité chargé exclusivement de l'étude des problèmes de la poste aérienne. Il révisa complètement les règles d'avant-guerre et répartit tout le trafic aérien en deux catégories. Dans certaines régions, comme l'Europe occidentale, toutes les lettres et cartes postales transportées par avion, jusqu'à concurrence d'une distance de 2000 Kilomètres, seraient taxées au tarif postal normal. Pour les régions où les frais de mise en oeuvre des transports étaient plus élevés, il serait en revanche perçu une surtaxe. Les conséquences économiques de cette simplification furent considérables. La réduction des taxes fut plus que compensée par l'accroissement du volume du courrier.
Le treizième Congrès, qui se réunit à Bruxelles (1952), prit à son compte une bonne part du travail de révision que, faute de temps, le Congrès de Paris n'avait pu entreprendre. Il élargit l'application des dispositions accordant déjà l'exemption du port au courrier des prisonniers de guerre et internés civils, pour les mettre en harmonie avec la Convention de Genève de 1949 sur la protection des victimes de la guerre. Une tentative de simplification des dispositions concernant le trafic aérien et une réduction des tarifs furent bloquées par de puissants intérêts aéronautiques. L'influence de ces derniers devint plus évidente au Congrès d'Ottawa (1957) où se manifesta au grand jour une tendance à relever tous les tarifs. Une des réalisations les plus positives du Congrès d'Ottawa présentait un grand intérêt pour toute personne possédant un compte d'épargne postal qui pouvait, dorénavant, transférer de l'argent sur un compte d'épargne postal dans un autre pays. Quinze pays signèrent cet accord.
Les Congrès d'après-guerre se préoccupèrent également de questions administratives internes et autres sujets connexes. Tout en conservant le français comme seule langue officielle de l'Union, le Congrès de Bruxelles (1952) introduisit l'interprétation simultanée (anglais, russe et espagnol) pour les séances du Congrès et d'autres organes de l'U.P.U. Les frais des services d'interprétation sont supportés par les pays qui les requièrent. Au Congrès de Vienne (1964), des dispositions furent prises pour que les documents de l'Union puissent être fournis dans des langues autres que le français, aux frais des pays qui en font la demande.
Avant de traiter des tâches de coopération technique décidées par le Congrès de Vienne, disons quelques mots des finances de l'Union. C'est le Congrès qui vote le budget de l'U.P.U, c'est-à-dire qu'il établit les limites des dépenses pour les cinq années à venir. Le Conseil exécutif examine chaque année le budget qui est ensuite approuvé par le Gouvernement suisse, autorité de surveillance. Pour ce qui est du financement, les pays-membres sont divisés en sept classes de contribuables correspondant approximativement à leur surface, leur population, le nombre de leurs bureaux de poste et de leurs lignes de communications postales. Les petits pays les moins développés sont en classe VII et paient chacun une unité du budget. Quelques-uns des pays les plus développés sont en classe I et paient vingt-cinq unités. Ainsi, chaque pays-membre verse une contribution selon ses moyens.
La Poste, Facteur de Développement Economique
Après tant d'années d'existence, est-il possible d'apprécier le rôle de la poste dans l'évolution économique d'une nation et de la communauté internationale ? Une étude du Bureau international de l'U.P.U intitulée "Mémorandum sur le rôle de la poste en tant que facteur de développement économique et social" résume une expérience maintenant séculaire. En voici quelques extraits:
"La portée de l'action économique de la poste, si elle est mal perçue au niveau de chaque opération, apparaît plus nettement si l'on considère la somme de toutes les opérations individuelles qu'elle est amenée à effectuer. Le rôle de la poste s'éclaire alors et prend sa vraie dimension par rapport au développement".
Pour se convaincre à la fois de l'utilité et du caractère irremplaçable de la poste, il suffirait d'imaginer qu'elle n'existe pas et de songer, en considérant la diversité des expéditeurs et des destinataires, à la multiplicité et à la complexité des opérations d'acheminement et de distribution et au coût prohibitif que la somme de ces opérations exécutées individuellement représenterait au niveau de l'économie d'un pays. Hypothèse d'ailleurs moins irréaliste qu'on ne serait porté à le croire puisque, dans certains pays qui disposent d'un service insuffisant, il arrive que des objets de correspondance soient transportés par des moyens privés souvent très onéreux.
Au surplus, la poste se révèle, ou peut se révéler, par elle-même comme une activité "structurante". Par le nombre des objets transportés, par l'étendue géographique que la nature de sa mission lui impose de couvrir, par la péréquation de services et de tarifs qu'elle est amenée à faire entre l'ensemble des destinataires et des expérditeurs, par la recherche de la rationalité et de la simplicité de gestion, la poste constitue un élément autour duquel peut, dans la plupart des cas, se construire une politique générale de communication.
Il a été abondamment démontré comment la création d'une route ou d'une ligne de chemin de fer, voire de liaisons aériennes, attirait sur leurs axes et à leurs points de départ et d'aboutissement des activités économiques nombreuses et diversifiées. Par contre, on n'a jamais tenté de montrer quels avantages découlent de l'implantation d'une infrastructure postale. Pourtant, ceux-ci sont sensiblement similaires, même si les réalisations qui s'en trouvent facilitées sont plus diffuses et moins apparentes. On peut même affirmer que la poste, dont la mission impérative est de desservir en même temps tous les points d'un territoire donné, représente en quelque sorte l'un des moyens, et parfois le plus efficace, d'innerver l'espace dans lequel elle agit.
Ainsi, au niveau même de la puissance publique et des préoccupations, par essence collectives des gouvernements, la poste permet de favoriser à la fois la cohésion nationale et le développement économique. Il n'est que de jeter un regard sur l'histoire des postes dans les sociétés occidentales et sur leurs rapports avec les pouvoirs publics pour se convaincre que les gouvernements n'ont jamais été insensibles aux avantages qu'ils pouvaient en retirer.
Selon de récentes études, l'activité postale apparaît représentative, à bien des égards, de l'évolution de l'activité économique et du niveau social d'un pays. Ce rôle d'indicateur, à condition d'être interprété avec rigueur et précaution, peut faire de la poste un instrument d'information non négligeable.
Mais si la poste peut donner une image dynamique de l'activité d'un pays, c'est qu'elle-même n'esyt pas une structure figée. D'ailleurs, l'histoire de la poste montre que cette dernière, après s'être longtemps consacrée exclusivement au transport et à la distribution des lettres, s'est orientée vers une diversification de son action, notamment vers le transport de biens plus ou moins pondéreux, vers des activités financières, etc... De tels exemples traduisent le caractère indispensable de la poste et apportent la preuve de son efficacité. Ils montrent également qu'elle a toujours cherché à s'adapter à l'évolution générale.
Et d'ailleurs, comment imaginer le développement d'une structure de production sans la création et l'ajustement d'un système de communication favorisant une interdépendance effective entre des personnes éloignées et qui n'auraient sans cela aucune possibilité d'envisager une activité commune ou complémentaire ? Comment espérer obtenir une certaine cohérence entre des populations et des personnes dispersées sur un territoire, sans lien organique ou fonctionnel entre elles ? Comment espérer enfin faire pénétrer une société dans l'arène technique et économique mondiale sans lui donner les possibilités de liaisons et de complémentarité que cela implique ?
A toutes ces exigences, jusqu'ici la poste s'est efforcée d'apporter des réponses. Elle ne demande qu'à poursuivre cette tâche essentielle. Il ne s'agit là en fait que d'un problème de définition d'une politique postale qui trouvera, selon les spécificités de chaque pays, de chaque région, voire de chaque activité, des expressions ou des solutions différentes adaptées aux besoins à satisfaire".
L'U.P.U et l'Assistance aux Pays en Voie de Développement
L'assistance aux pays en voie de développement apporta de grands changements au sein de l'U.P.U. D'abord, l'Union institua ce qui allait devenir le Conseil exécutif. Sous l'influence peut-être de l'expérience d'autres agences spécialisées, l'U.P.U créa ensuite le Conseil consultatif des études postales (CCEP), qui est l'équivalent de leurs comités techniques. Puis, la rapide décolonisation des années soixante accrut considérablement le nombre des membres. Comme cette nombreuse participation nouvelle se composait presque entièrement de pays économiquement moins développés, l'Union en vint tout naturellement à se soucier davantage de la nécessité d'améliorer et d'étendre les services postaux des jeunes pays-membres.
Son statut d'institution spécialisée des Nations Unies donnait droit à l'Union de paticiper activement au programme d'assistance technique de l'O.N.U, connu depuis 1965 sous le nom de Programme des Nations Unies pour le Développement (P.N.U.D). On ne dira jamais assez l'importance de la participation de l'U.P.U à ce programme d'aide aux pays en voie de développement. Les ressources annuelles du P.N.U.D ont passé de 20 millions à plus de 300 millions de dollars et doubleront probablement dans les cinq prochaines années. Elles proviennent de contributions volontaires des gouvernements.
Quels sont donc les types d'assistance que ces programmes permettent à l'Union de fournir à ses pays-membres ? Ils consistent dans l'envoi sur place d'experts internationaux pour conseiller les autorités postales d'un pays en voie de développement sur l'un ou l'autre aspect de son service postale; l'envoi à l'étranger de ressortissant de pays en voie de développement, afin d'y recevoir une formation professionnelle avancée, au travers de l'étude et de l'observation ; la création d'écoles nationales ou multinationales d'enseignement professionnel postal (par exemple à Abidjan, Nairobi, Damas, Bangkok, San José, Bogota); l'organisation de séminaires et de cours de formation pour des types plus ou moins homogènes de fonctionnaires, soit dans des pays développés et techniquement au point dans le domaine postal, soit au niveau de la région, là où les conditions sont similaires; enfin, la fourniture d'une quantité limitée d'équipements indispensables pour rendre effectifs les efforts que nous venons de mentionner. Les Unions postales restreintes, dont il a été question plus haut, collaborent à la réalisation de ces programmes.
L'activité de l'Union dans l'assistance postale a été définie comme devant couvrir le développement et la modernisation de services postaux et financiers incombant à l'entreprise postale, tels que mandats, chèques postaux, comptes d'épargne postale, etc... Cette activité prend la forme de missions spécialisées de conseil et de mission opérationnelles ayant pour but de recommander et de mettre à exécution des projets de développement postaux aussi bien que des innovations et des transformations dans la structure, l'organisation et les méthodes des différents organes et services de l'entreprise postale : prescriptions administratives et règlements du personnel, formation professionnelle, effectifs du personnel, mécanisation, expédition, distribution urbaine et rurale, comptabilité, etc... Conformément à une résolution du Congrès de Vienne (1964), le Bureau international a aménagé une formation professionnelle décentralisée, organisant des cours, des séminaires et des programmes d'études pour des employés du niveau moyen et des fonctionnaires supérieurs de la poste. Pour l'assister dans ces activités nouvelles, le Bureau a réuni une petite équipe d'experts internationaux.
L'une des tâches les plus précieuses entreprises à ce jour a été l'élaboration du Mémorandum sur le rôle de la Poste en tant que facteur de développement économique et social. Empruntant une démarche dont on peut dire qu'elle représente un modèle à suivre pour toute organisation internationale, le Mémorandum fournit une abondance de faits sur la poste considérée comme moyen de liaison et de développement humains, comme entreprise de transport à grande échelle et comme instrument financier et monétaire.
L'augmentation constante des projets d'assistance est indicative du développement remarquable des actions réalisées par l'U.P.U dans ce domaine. Durant ses dix premières années d'assistance technique, de 1963 à fin 1973, l'Union a dépensé en propre, pour des projets postaux financés à la fois par le programme de développement des Nations Unies et par son propre fonds, plus de 8 millions de dollars. Cette somme a permis d'envoyer 330 missions d'experts spécialisés, d'organiser la formation, soit individuellement soit en séminaires ou au travers de voyages d'étude, d'au moins 1800 fonctionnaires et employés postaux, et de fournir l'équipement de base indispensable représentant plus de 400.000 dollars. En outre, le montant annuel consacré aux projets de l'assistance technique postale du P.U.N.D a augmenté, depuis le Congrès de Tokyo, en 1969, de 350.000 dollars à 1 million et demi de dollars en 1973. Une centaine de pays en voie de développement ont bénéficié de ces prestations. Dans cette perspective, il vaut la peine de noter que le nom du programme a été changée en "Programme de coopération technique". Ce changement était justifié. Un certain nombre d'experts proviennent maintenant eux-mêmes de pays en voie de développement et une bonne partie de la formation a lieu dans des pays en voie de développement.
De nombreuses activités de coopération technique de l'Union ont pour objectif de réaliser des améliorations à court terme dans les services postaux. Mais l'U.P.U a également une stratégie à longue échéance. En coopération étroite avec celle des Nations Unies pour la Deuxième Décennie pour le développement (1971-1980), l'Union a assigné les quatre objectifs suivants à ses activités d'assistance technique des années soixante-dix : - desservir en moyenne avec un bureau de poste, soit une région de 20 à 40 km2, soit 3000 à 6000 personnes; - distribuer les envois prioritaires le lendemain du jour où ils ont été postés, dans un rayon de 500 km, cela dans les conditions normales de transport; - introduire, là où ils n'existent pas encore, des services financiers : banque d'épargne, virements, etc...; - accroître progressivement, jusqu'à 30 % du nombre total, la proportion des paquets expédiés par avion dans le système postal international.
L'action de l'U.P.U dans le domaine de la coopération technique témoigne de sa vitalité et de sa facilité d'adaptation aux besoins de la technique. Le Congrès, le Conseil exécutif et le Conseil consultatif des études postales conjuguent leurs efforts pour développer toujours davantage cette assistance, et le Bureau international s'adapte de son côté aux nouvelles tâches dont il est devenu la cheville ouvrière.
L'U.P.U face à L'avenir
Nous ne saurions donner à ce compte rendu de 100 ans de coopération postale internationale une meilleure conclusion qu'un autre extrait du remarquable Mémorandum cité plus haut: "Quelle que soit l'efficacité de son fonctionnement, quelles que soient l'intensité et la nature des besoins qui font recourir à ses offices, la poste se trouve rapidement ancrée si profondément dans les habitudes que le geste d'expédier ou de recevoir du courrier se répète machinalement. Cette institution au service de tous prend progressivement l'apparence d'un prolongement naturel de l'activité de chacun.
Aussi le public est-il enclin, sinon à se désintéresser, du moins à ignorer les problèmes que pose l'écoulement du trafic postal. Pour lui, la circulation du courrier s'apparente à la présence de l'oxygène dans l'air; ce n'est que lorsqu'il vient à manquer que l'on prend vraiment conscience qu'il est indispensable à la vie".
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